La méthode couette
Pour compléter le post du jour, un peu de musique :-)
Merci Alderbert!!!
Cocooning
Je me suis réveillé ce matin envahit par un sentiment de douceur, enrobé de la chaleur de ma couette. Je me suis dit que je devais me lever, je me suis fait la liste des choses à faire aujourd'hui et... j'ai refermé les yeux. Bien installé, je ne voulais pas bouger, pas même un orteil, la suave atmosphère qui m'entourait semblait vouloir de se briser, comme un charme que l'on dévoile, si je faisais le moindre mouvement. Puis, pris par un brusque sentiment de devoir, j'ai ouvert les yeux. J'ai allumé la lumière. J'ai songé à... tant de choses à faire... L'instant d'après je tirais la couette sur ma tête. Et d'abord, pourquoi se lever? Pour qui? Rien d'urgent. J'aurais tout le temps cette après-midi.
Rien n'est plus difficile que commencer une journée quand rien ne de lui donne sens. Je dois faire le ménage, réviser, faire les soldes et alors? Rien ne m'oblige à le faire tout de suite. Les magasins seront ouvert cette après-midi, le ménage peut attendre, les révisions, le concours... j'ai refermé les yeux.
Une envie de rien faire a commencé à m'envahir. Partant de la plante de mes pieds, elle est remontée le long de mon échine doucement, irrésistiblement, inexorablement. Doucement comme pour ne pas se faire remarquer, irrésistiblement comme pour se faire belle, inexorablement comme pour s'installer définitivement. Chaque partie de mon corps conquise par cette cruelle sirène criait qu'elle voulait qu'on la laisse en paix, qu'on ne la dérange plus. Quand l'envie, ou plutôt l'absence d'envie, a atteint mon cerveau, j'ai capitulé. Ne voulant pas rester à ne rien faire dans mon lit, j'ai pris un livre. Je me suis plongé dans son histoire. Je me laissais embarquer par ces deux jeunes chinois rééduqués dans les brumes d'un village de montagne, et dont le regard aimable a croisé celui d'une tailleuse au joli minois; et un livre interdit de Balzac. J'étais sûr, même si je n'y croyais pas, que je ne bougerais pas avant d'avoir lu le mot "fin".
Finalement, c'est l'estomac qui provoqua le mouvement, il voulait un petit déjeuné. Il a raison. Je déteste commencer une journée sans petit déjeuné, ou le faire après 11h or, l'heure cruciale approchait dangereusement. Il me fallait réconforter mon corps d'un bon thé bien chaud, une tartine beurrée au miel. Deux ou trois fois, je laissais passer la fin d'un chapitre puis, poussé par la faim, je me suis levé. J'ai fait chauffé mon eau, commencé à ranger quelques papiers égarés sur la table mais ce soudais dynamisme fit long feu. J'avais froid. Quelle idée de vivre loin d'un lit. Je me suis assis, j'ai mis de la musique et alors qu'Ophélie me chantais son Coup de folie, je me régalais de ce miel si onctueux, de ce thé frémissant qui me réchauffait sans me bruler. Ma playliste continuait à tourner, Louise attaque rythmait la mâtiné, ils me parlaient de soirée parisienne, c'est exactement ce que je voulais, une soirée belle à Sienne. Alors, je déposais mon bol dans l'évier et, je me mis au lit avec mon ordi. C'est un compagnon charmant, grâce au wifi (bénie sois son inventeur), il me donne l'impression de ne pas être seul quand je le suis. Grâce à ces touches il me permet d'écrire; un simple mouvement de doigt semble donner l'impression d'agir. Je lu mes mails (il n'y en avait pas), je fis un tour sur FaceBook (une bonne surprise m'y attendais), j'envoyais un petit message à un ami délaissé depuis longtemps. J'étais bien, à nouveau au lit, à nouveau au chaud, à nouveau immobile (sauf les doigts), à nouveau enveloppé de douceur. Midi approchait, je retournais à mes lectures, je peinais avec mes jeunes chinois obligés de travailler nus dans une mine de charbon aux boyaux étroits. Le paludisme les éloignât de cet enfer, ils retrouvèrent la tailleuse et, les sortie au cinéma (que des films de propagande mais ça change tout de même des rizières). Mon estomac aussi voulait s'éloigner, non de l'enfer mais, de ce nid douillet pour céder aux plaisirs de la table.
Je me levais donc, je rêvais d'un gratin chaud et croustillant. Je me préparais donc une béchamel en chantonnant. Pendant qu'elle s'épaississait, pris d'une étonnante envie d'action, je fis tourner une machine à laver. Puis, je me mis à table, au menu jambon blanc, gratin de cote de bette (avec du vrai comté), fromage et dessert. En rangeant la table, je picorais dans une boite de chocolat. Il fallait alors faire la vaisselle. La perspective de me voir penché sur mon évier, les mains dans l'eau m'effraya. J'avais envie de rien faire. Je retournais vite au lit en attendant que la machine se termine pour prendre le linge. Finalement elle c'est arrêtée mais moi, je n'ai pas fini ce texte alors je reste couché à écrire, à vous écrire.
Je me dis que je suis fou, que tout le monde se moque de ma flemmagite aigue et que personne ne lira ces lignes finales. Mais quelle importance? Peu importe la raison pourvu qu'on ait sa couette. Il me serait plus agréable de passer cette journée cocooning en charmante compagnie, un lit à deux c'est toujours mieux... Dommage ou tant pis. Encore quelques instants et je me lève pour faire les soldes, sachant qu'il pleut dehors, qu'il fait froid que les magasins seront bondés d'une foule qui me bousculera... J'hésite... Vais-je me lever ou retourner voir mes chinois? La suite ce soir...
Un beau cerf-Volant
Un beau cerf-volant, grand et majestueux, dansait dans le ciel
Sur terre on l'admirait
Les enfants l’acclamaient
Un beau cerf-volant, grand et douloureux, se brisa en plein ciel
Le vent l'a emporté
La foudre l'a déchiré
Un beau cerf-volant, grand et malheureux, repose sur la terre
On l'a abandonné
Nul ne l'a réparé
Un beau cerf-volant, grand et mystérieux, chante à même la terre
La brise le fait vibrer
Le Soleil le fait briller.
Un jour un enfant le réparera,
Alors le cerf-volant retrouvera
Sa légèreté d'avant
Et la caresse du vent.
Un nouveau cerf-volant, libre et gracieux, danse sous mes yeux
Une bonne tarte... avec plein de chimie cachée...
Cette tarte au pomme vous a plu??? Et bien, voici, en trois histoire, tout ce que vous mangez quand vous dégustez une tarte au cerise industrielle (par exemple achetée au supermarché du coin).
La liste des produit chimique est donné par Claude et Lydia Bourgignon dans leur livre : Le sol, la terre et les champs paru aux éditions Sang de la Terre en 2008.
Histoire de la Pâte
Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d'un fongicide avant semis.
Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d'éviter la verse et 1 dose importante d'engrais: 240 kg d'azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l'hectare, tout de même !
Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl. Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l'acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l'amylase.
Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l'amidon est blanchi au permanganate de potassium. Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l'hydroxytoluène de butyl et un émulsifiant type lécithine.
Histoire de la Crème
La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des oeufs, du lait, et même de l'huile.
- Les oeufs proviennent d'un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des :
- antioxydants (E300 à E311),
- arômes,
- émulsifiants: alginate de calcium,
- conservateurs : acide formique,
- colorants : capsanthéine,
- agents liants: lignosulfate
- et enfin des appétants : glutamate de sodium, pour qu'elles puissent avaler tout ça.
Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens. Les oeufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l'acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.
- Le lait provient d'un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques :
- antibiotiques : flavophospholipol (F712) ou monensin-sodium (F714)
- antioxydants : ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),
- émulsifiants : alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),
- conservateurs : acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284),
- composés azotés chimiques : urée (F801) ou diurédo-isobutane (F803),
- agents liants : stéarate de sodium,
- colorants : F131 ou F142
- et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium.
- Les huiles, quant à elles, ont été :
- extraites par des solvants comme l'acétone,
- puis raffinées par action de l'acide sulfurique,
- puis lavageà chaud,
- neutralisées à la lessive de soude,
- décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium
- et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc,
- enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.
La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l'acide alginique (E400).
Histoire des Cerises
Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.
- Les cerises sont :
- décolorées à l'anhydride sulfureux
- et recolorées de façon uniforme à l'acide carminique ou à l'érythrosine.
- Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d'aluminium
- et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).
- Elles sont enfin enduites d'un sucre qui provient de betteraves qui, comme les blés, ont reçu leur bonne dose d'engrais et de pesticides. Ce sucre est extrait par :
- défécation à la chaux et à l'anhydride sulfureux,
- puis décoloré au sulfoxylate de sodium,
- puis raffiné au norite et à l'alcool isopropylique.
- Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.
- Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu leur goût, il est necessaire d'ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthetique du goût et del'odeur à partir d'éléments artificiels issus de la chimie du pétrole aux prix de revient extrêmement faibles- par économie d'echelle - en comparaison du parfum naturel de fruit. Le parfum artificel de cerise se compose donc des molécules synthetiques (donc à la stéréochimie inversée) suivantes :
- acétate d'ethyle
- acéthyl méthylcarbinol
- butyrate d'isoamyle
- caproate d'ethyle
- caprylate d'isoamyle
- caprate d'ethyle
- butyrate de terpenyle
- geraniol
- butyrate de geranyl
- acetylacetate d'ethyle
- heptanoate d'ethyle
- aldéhyde benzoique
- aldéhyde p-toluique
- vanilline
- essence artificielle d'amande amère
- essence artificielle de girofle
- essence artificielle de cannelle
- essence de lie de vin.
Couleurs de printemps
Voici quelques photos du printemps à Bonnefontaine, dans le Jura.
Cliquez sur les photos pour les agrandir ;-)

Vert comme ces arbustes, gris comme le pierre et orange comme ces portes, voici la maison de ma grand-mère

Un verger fleuri et la tour du village
La fraîcheur d'une fontaine et le bruit clair de l'eau qui coule
Voici, la côte de l'Heute, une véritable harmonie de couleurs. Au premier plan, le vert soutenu, moucheté de jaune, des prairies. Puis, la côte en elle-même couverte de forêt. L'avancé, plus ou moins rapide, du bourgeonnement des arbres nous offre une infinité de nuance de vert clair, d'autres encore nus sont de couleur sombre et enfin, belle surprise, les cerisiers sauvages en fleurs arborent un blanc éclatant.
Et pour finir, une orchidée sauvage
La fenètre et le miroir
J'ai eu l'occasion ces derniers temps, d'entendre des histoires juives. Je ne vous parle pas de La Vérité si je mens, par ailleurs très drôle, non je parle de ces histoires dont la spiritualité juive est peuplée. J'avoue qu'elles m'ont plu et, je voudrais vous en raconter une particulièrement intéressante aujourd'hui.
Il était un rabin très cultivé et très estimé dont j'ai oublié le nom. Il avait fondé une école religieuse connue et réputée. Il n'oubliait jamais ces élèves et, correspondait régulièrement avec eux, malgré leur nombre. Un jour, on vient lui annoncer une nouvelle qui l'attrista. L'un des ces disciples parmi les plus brillants avait particulièrement réussi, il devenu rabbin d'un village prospère, il savait comme personne instruire sa communauté qui l'écoutait avec passion. Mais, là, n'était pas le soucis, ce qui attrista le vieil homme fut d'apprendre que son ancien élève s'était enrichi qu'il ne s'intéressait plus qu'à ces bénéficies, qu'il avait perdu le sens du partage et, qu'il ignorait les nécessiteux. Voulant le voir par lui même, le savant décida de visiter son ancien élève.
Ce dernier était heureux de retrouver son maître, il l'acceuilli comme il se doit. Après un bon repas, les deux hommes se retrouvèrent dans la salle à manger de l'hote. Le vieux sage vient à la fenêtre et regarda les villageois. Il dit :
"Qui est cet homme?
- C'est Nathan notre maréchal ferrant répondi le rabbin
- Et cette femme, qui est-elle?
- C'est Rachelle, la femme du boulanger.
- Et celui qui passe près de l'arbre?
- Là, c'est Benjamin, notre tailleur"
Ce questionnement dura ainsi un long moment. Le rabbin était content que son maitre s'intéresse à son village mais, ne comprenait pas où, il voulait en venir. Il fini par lui demander :
"Maître, que cherches-tu à me dire?"
Le sage ne répondit pas. Il s'avança près du miroir, suivi de son disciple, et dit :
"Et là qui voix-tu?
- Moi, naturellement, répondit-il
- Ha c'est intéressant... murmura le vieil homme plus mystérieux que jamais
- Pourquoi est-ce intéressant?
- Dit-moi, en quoi sont fait tes vitres?
- Elle sont en verre...
- Et ton miroir?
- En verre aussi
- En verre aussi... et pourtant tout à l'heure tu voyais les villagois et maintenant c'est toi que tu vois.
- C'est que, comme vous le savez maître, le verre du miroir est recouvert d'une couche d'argent pour réfléchir la lumière.
- Voilà donc le problème, répondit le sage d'un ton doux, tu es intelligent mais, dès qu'il y a de l'argent, tu ne te vois plus que toi-même. Ta réussite est une chance mais, elle ne doit pas aveugler ton coeur." Joliment dit non?
Dommage que ce sage ne soit pas plus entendu et que de nos jours, tant de gens mais pas tous heureusement continuent à recouvrir d'une couche d'argent les fenètres de leur coeur.
Foi et spiritualité
Puisque la question intéresse :-) continuons donc sur le domaine du vocabulaire religieux, avec ces deux concepts proche mais différent, celui de la spiritualité et, celui de la foi.
Spiritualité
Commençons par la spiritualité. Le mot spirituel vient du latin spiritualis lui même construit sur la racine indo-européenne speis qui veut dire "souffle". Le souffle c'est le vent, c'est l'air que l'on respire. Le souffle est donc essentiel à la vie. Beaucoup de peuples associent donc l'un et l'autre. Dans la Bible, pour donner vie à l'homme qu'il a modelé, Dieu souffle dans ces nez : "L'Éternel forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant" (Genèse 2.7). Le souffle de l'esprit pénètre donc son corps et la poussière devient chair, la vie est insufflée et l'homme se lève. La mythologie grecque propose récit très proche : le titan Prométhée créé le homme avec de l'argile et Athéna lui donne vie en y introduisant le souffle. Dans l'histoire de l'humanité, tous mythes ne vont pas dans ce sens mais, notre civilisation aux racines grecques et judo-chrétienne est profondément influencée par ce souffle de vie.
Le latin spiritus qui veut dire souffle revoit donc à un double sens. Il évoque tout à la fois "l'air" et "l'esprit immatériel". Cette double signification c'est ramifiée dans la langue française mais, l'on retrouve la racine de spirit dans des mots liés à l'air : respiration, aspiration, etc. et dans des mots liés à l'immatériel : esprit, spirituel, spiritisme etc. Entre les deux, une série de sens figuré (existant déjà en latin) : l'inspiration poétique ou prophétique, l'esprit dans le sens de la pensée, de l'imaginaire (voyager par l'esprit, faire un mot d'esprit). J'arrête car ce mot est si passionnant et si plein de symbolisme "spirituel" ;-) que je pourrais en parler pendants des heures. Disons simplement qu'il y a une légèreté, un souffle dans la spiritualité.
Le spiritualité a donc attrait à (ou aux) l'esprit(s). Le littré en donne une jolie définition, être spirituel c'est "avoir une vision qui transporte l'âme dans les régions célestes". La spiritualité est un élément d'essence immatériel contenu dans la matière. C'est l'âme dans le corps, le Qi (en chinois : 氣) ou énergie vitale dans l'univers, l'espace surnaturel (au sens propre du terme) avec lequel le chaman va rentrer en relation, etc. La spiritualité n'a pas une règle, il y a des chemins spirituels qui peuvent être le christianisme, le chamanisme, le taoïsme, etc. mais, chacun peut avoir sa propre expérience spirituelle, qu'il la rattache, ou non, à un courant connu. On peut ressentir l'existence de phénomènes (forces, esprit, âme, etc.) immatériels sans pour autant les associer à Dieu ou à un dieu. La spiritualité n'est pas la croyance, c'est une intuition. François Mitterrand dans ces derniers voeux adressés aux français, ce véritable et magnifique testament philosophique, joue de la nuance pour parler de ses croyances sans rentrer dans le religieux : "Je crois, dit-il, aux forces de l'esprit et je ne vous quitterai pas". Il ne précise pas de quelles forces il s'agit, ni comment il sera encore avec les Français, ce n'est pas une profession de foi religieuse, c'est une intuition spirituelle, "je ne vous quitterai pas".
Le spirituel s'il a bien une notion d'ailleurs (énergie cachée, univers parallèle, vie après la mort), il ne se limite pas à cela, il peut même, ne pas l'être. La spiritualité c'est aussi une notion personnelle. Se poser, fermer les yeux, se concentrer sur soi même, est une forme de spiritualité. C'est laisser une place à son propre esprit. Rentrer en relation avec cette autre partie de soi-même immatériel mais que l'on ressent. Ce type d'introspection peut donner le sentiment de mieux connaître "l'âme" humaine et donc générer des valeurs sociales (fraternité, amour, respect, etc.).
Le désenchantement du monde tel que Weber l'a décrit a rejetté le spirituel. Pour notre société matérialiste l'immatérialité du spirituel est difficilement acceptable. On le tolère dans la religion car elle est rassurante. Classées, organisées, décrites, les religions deviennent une réalité matérielle que l'on peut, par ailleurs, contester au nom de ce même matérialisme. Pourtant, le phénomène spirituel n'est pas synonyme religion. Ce n'est que lorsque le spirituel commence à se préciser, lorsque les esprits sont nommés, lorsque des moyens communication avec eux sont définis, lorsque les rapports entres eux sont structurés que l'on abouti à un système de croyances donc à une religion. S'il s'agit d'une expérience personnelle, une intuition, une forme de communication avec soi-même, alors on n'est pas dans la religion, mais seulement dans le spirituel. Mais, l'inscrire dans un processus organisé peut le renforcer en lui apportant une cohérence et un sens. Précisons que les systhèmes de pensée spirituelle ne se limitent pas à la religion, cela peut-être aussi une philosophie de vie type New Age, une connaissance des énergies de l'univers chère à la culture chinoise, une loge maçonique, etc. Mais, quelque soit son niveau de structuration, ce systhème peut donner un cadre facile à un sentiment spirituel et l'englober jusqu'à l'effacer. Dans ce cas, le rite, le sacré, le tabou, le répété, la norme sociale remplacent cette expérience intime. A mon sens, la pratique religieuse peut-être un moyen devrait être un moyen de vivre cette expérience intime.
Le spirituel en se développement peut donc aboutir à la croyance et celle-ci en s'enrichissant à la religion. Mais, cela suffit-il à donner la "foi"? Voyons maintenant ce que renferme la "foi".
Foi
Le mot foi est directement issu d'un mot latin ayant le même sens : fides lui même dérivé de foedus qui veut dire accord, pacte ou alliance. On retrouve la racine indo-européenne beith qui renvoie à l'idée de confiance. La foi c'est donc d'abord une question de confiance. On retrouve d'ailleurs fides dans le mot confiance précédé du préffixe "con" qui veut dire ensemble et non pas autre chose hihihi, et dans d'autres termes telle que fidélité ou fiançailles. Celui qui a la foi est celui qui a "confiance en" qui est "fidèle à". On l'a un peu oublié de nos jours mais dans le passé le mot foi ne faisait pas nécessairement allusion à la religion, on disait "avoir foi en..." en l'amitié, en tel personne, en son pays. D'un point de vu religieux, seul un croyant peut avoir la foi, un sentiment spirituel ne saurait suffire. En effet, comment avoir confiance dans une puissance (Dieu, un dieu, etc.) sans être intiment persuadé de son existante? Mais, attention, toutes religions ne nécessite pas d'avoir la "foi", mais si, je m'explique.
La foi est une notion typique des religions monothéistes révélées. On peut croire en l'existence d'une puissance supérieure sans que cela ne nécessite d'avoir "foi en...". Par exemple la croyance que l'orage est la manifestation d'un dieu ne nécessite pas d'avoir foi en ce dieu. On peut même ne pas avoir confiance du tout en lui. On constate juste une manifestation de sa "force" que l'on peut essayer d'influer par un sacrifice, une prière, l'intervention d'un chaman, etc. D'autres religions suivent l'enseignement d'un fondateur. Le croyant pense alors que celui-ci propose une série de préceptes à suivre et donc, s'y rattache avec plus ou moins d'implication personnel. C'est ainsi que le bouddhisme est un "chemin vers..." et non la "foi en...". Certes dans tous ces systèmes religieux on peut trouver une part de fidélité et de confiance mais, la foi telle que nous la concevons va plus loin.
Puisque c'est une notion essentiellement monothéiste, revenons-nous à eux. C'est la diffusion du message divin par divers personnages : Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet qui créé la nécessité de la foi. On croit, ou pas, dans cette révélation qui est inscrite dans un (des) livre(s).
La confession de foi est un des passage obligé des cultes monothéistes, songeons à la formule de base de l'Islam, la Chahada : " اشهد ان لآ اِلَـهَ اِلا الله و أشهد ان محمدا رسول الله" ce qui peut se traduire par "Je crois qu’il n’y a de vraie divinité que Dieu (Allah en arabe) et que Mahomet est son messager". Les chrétiens utilisent généralement un texte beaucoup plus long : Le Symbole des apôtres, aussi appelé Je crois en Dieu ou Credo. Dans le protestantisme libéral on a pu varier les textes. Par l'exemple, le site de l'oratoire du Louvres propose une bonne vingtaine de Confession de foi. Par cette diversité, la foi devient donc plus personnelle et, se rapproche d'une expérience spirituelle. Le croyant peut choisir le texte dont il se sent le plus proche. Il peut même écrire sa propre version puisque la diversité le libère du carcan du texte unique. La foi est donc un principe essentiel, elle fait d'ailleurs partie des six affirmations exposées par le site de l'Église réformée de France. Pour autant, elle est présentée de manière large : "la Foi naît de la rencontre de l'être humain avec Dieu. Elle peut être l'issue - ou aussi le début - d'un chemin difficile mais jamais inaccessible". On s'éloigne donc de la "foi norme" précisément cadrée pour passer à une "foi croyance" et cheminement spirituel vers, une rencontre avec l'immatériel défini ici sous le nom de Dieu. On se rapproche donc de l'étymologie, la confiance en un chemin que l'on peut faire avec Dieu. Mais, reconnaissons que ce chemin reste un minimum balisé : la Bible, la trinité, la grâce etc. sont des notions incontournables.
La foi vue par le protestantisme moderne est donc plutôt large, laissant une place importante à l'expérience personnelle pour peu que l'on s'accorde sur quelques idées de base. Mais, ce n'est pas la vision le plus répandue de la foi chrétienne, elle n'a été rendue possible que par les ruptures exercées par la Réforme et l'émergence du courant libéral. Qu'en était-il donc avant et qu'en est-il ailleurs? C'est là que l'histoire des religions devient éclairante pour l'idée de foi. Faisons donc un petit tour de ce coté ci.
A ces débuts le christianisme était divers. Plusieurs courants existaient même les Actes des apôtres fond état des différences théologiques et les discutions qui s'en suivent. Si le christianisme avait plus ou moins bien vécu avec cela, les choses changent avec la conversion des empereurs romains. Le christianisme va devenir religion d'État, dès lors les empereurs vont chercher à le structurer, le contrôler et l'organiser (à leur profit de préférence) ce phénomène et pour moi la pire catastrophe qui soient arrivée à ma religion. Le premier empereur chrétien est Constantin. Très rapidement, il décide de mettre fin aux divisions entre chrétiens. Pour cela il réuni un concile dit oecuménique car rassemblant, en théorie, tous les évêques de la chrétienté. La réunion se tient à Nicée en 325. L'empereur frôle la réussite, seul quatorze évêques (sur 250 à 300) refusent de signer le texte final. Le concile ne pouvant être un échec le monarque menace et obtient neuf rétractions. Les trois derniers, dont Arius, sont condamnés. Une nouvelle profession de foi est publiée, dite Symbole de Nicée. Mais, la philosophie change. Il ne s'agit plus de proclamer seulement les principes fondateurs du christianisme, il s'agit aussi d'exclure les arianistes. Le texte devient un outil politique pour réprimer les déviants. Qui refuse ne serais-ce qu'un mot du Symbole de Nicée est réputé hérétique, excommunié et, pourchassé par le pouvoir. Or, le précédant de Nicée va se perpétuer, c'est ainsi qu'au XIe siècle l'Église catholique y ajoute le mot "filioque" au texte de Nicée pour se différencier des orthodoxes (filioque = le Saint Esprit procède du Père et du Fils, en version Orthodoxe, il procède du Père ça justifie 1000 an dispute voir de conflit???). De crises en développement des idées théologiques, les principes de bases se précisent, si l'on ne touche plus au texte de Nicée révisé, on établi une nouvelle catégorie d'article de foi : les dogmes. Loin d'être de simples indications, ils sont intiment liés à la foi : « Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l'éclairent et le rendent sûr [...] si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi. » Catéchisme de l'Église catholique, n° 89. Ainsi donc, en ignorer un c'est ce priver d'une "lumière" et risquer de se perdre sur le chemin de la foi. Manquant de sûreté, le croyant peut trébucher dans l'une des hérésies que le dogme en question a condamnées. Dans cette acceptation toute démarche spirituelle personnelle doit donc se développer dans le cadre étroit des règles établies. Un organismise appelé Congrégation pour la doctrine de la foi (ex inquisition) est chargé de veiller au respect de ces normes. Et cela est d'autant plus ardu qu'au fil du temps on a assité à un empilement considérable de dogmes (avec une accélération au XVIe siècle, lors concile de Trente, pour contrer la réforme protestante). A titre d'exemple, les trois derniers dogme établis par l'Église Catholique sont : L'Immaculé conception en 1854, Infaillibilité pontificale en 1870 et l'Assomption de Marie en 1950.
Le mot foi, surtout travaillé dans notre imaginaire par la culture catholique dominante est donc souvent associé à un vaste corpus de valeurs et de règles auquel le croyant doit adhérer sous peine d'expultion. Pourtant, ce n'est pas toujours le cas. On a déjà parlé du protestantsime, finisons en soulignant que le judaïsme accepte une très grande variété de courants parfois sont très éloignés les uns des autres.
Ma recherche spirituelle et ma foi
Pour conclure cette "dissertation philosophique" ;-) je voudrais sortir des grandes idées, des concepts généraux pour dire que je suis moi-même engagé dans une recherche spirituelle personnelle qui n'a de sens que par ma foi. Dit autrement, je crois et, j'ai confiance en Dieu ma foi, je recherche donc l'inspiration de son Esprit pour cheminer avec Lui ma spiritualité. Pour ce faire, je pratique donc en communauté dans l'église que j'ai choisi mais aussi, individuellement. Puisque je crois que la Parole de Dieu est contenue dans la Bible, je la lis. Non pas pour y chercher le détail, comme on pourrait lire roman ou un livre d'Histoire mais, en y recherchant l'Esprit. Peu importe le poisson de Jonas c'est son signe qui m'interpelle. A mon sens rien ne symbolise mieux la spiritualité chrétienne que cet extrait de la Première épritre de Jean : "Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour [...] Dieu, nul ne l'a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli. A ceci nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous : il nous a donné de son Esprit." 1Jn 4 :7 - 13.
Messe ou culte ?
Aujourd'hui, pour changer un peu, voici un billet axé sur le vocabulaire religieux, plus exactement les termes "messe" et "culte". Que revêtent ces deux mots? L'un est de tradition catholique, l'autre protestante mais, sont-ils interchangeable?
La messe
Commençons par le mot messe vient probablement du latin missa lui-même probable dérivé de mittere qui signifie "envoyer" et par extension, "laisser partir" ou "renvoyer". Étrange comme étymologie, non? On a certainement désigné le tout par un élément de celle-ci, tout comme le meuble bureau a fini par désigner la pièce dans laquelle il est disposé voir, l’immeuble tout entier. Alors, à quel renvoi la messe fait-elle allusion ? Il existe deux hypothèses plausibles :
- La première fait référence au renvoi des catéchumènes et pénitents avant l’Eucharistie. En effet, dans les anciennes célébrations (avant le VIIIe siècle) la première partie de l’office était accessible à tous alors que la seconde partie, au cours laquelle était célébrée l’eucharistie, était réservée aux baptisés non entachés d’un grave péché. Le diacre renvoyait donc catéchumène (croyant en cours d’instruction religieuse et non encore baptisé) et les pénitent par cette formule : « Les choses saintes pour les saints, que les indignes se retirent » Petite phrase bien éloignée de ma conception du christianisme...
- La seconde hypothèse, plus probable, vient de la formule rituelle prononcée à la fin de la cérémonie (avant le concile Vatican II) : « Ite, missa est » ce qui peut se traduire littéralement par : « Allez, c'est l'envoi », on le traduit généralement par « allez la messe est dite » mais, dans le contexte cette traduction ne nous aide pas à comprendre ;-) Par cette formule les croyants sont appelés à rentrer chez eux après un temps de prière et la célébration eucharistique. Les théologiens catholiques soulingent qu'il y a aussi en mission d’évangélisation dans cet envoi (notez que le mot mission est aussi également dérivé de mittere puisque le Christ a "envoyé" ces disciples porter la bonne nouvelle).
Quelque soit l’hypothèse retenue, la messe fait donc allusion à un moment précis de l’office où l’on envoit ou renvoit quelqu'un. Bref, rien dans l’étymologie qui puisse évoquer un aspect strictement catholique. Mais, avec le temps, le renvoi a été identifié à l’ensemble de la cérémonie. La messe est donc devenu le rite tout entier, sacrifice eucharistique compris. Or, au XVIe siècle, la Réforme a remis en cause le sacrifice eucharistique. Les calvinistes en sont donc venus à dénoncer la messe et même à "l’abolir" là où ils avaient le pouvoir. A noter que Luther, le premier réformateur, c’est toujours défendu de vouloir abolir la messe, il souhaitait juste la réformer. De nos jours, de nombreux luthériens notamment en Allemagne et Scandinave appellent messe leur culte dominical pour peut que la Cène soit célébrée (dans les pays anglo-saxon ont préfère généralement le terme "service divin"). Mais, pour la plus part des protestants, notamment réformés, c'est le terme culte qui est utilisé. Voyons donc ce qu'il recouvre.
Le culte
Le mot "culte" vient du latin cultus qui veut dire adorer. En fraçais un culte est un hommage rendu à une puissance. Cela peut passer par la prière, le sacrifice, la lecture d'un texte sacré, etc. Le culte est tourné vers une divinité, un saint, un ancètre, une force naturelle, etc. Par extention le culte peut désigner une pratique religieuse notamment en droit, d'où la notions de "liberté de culte".
L’association entre le sacrifice eucharistique et la cérémonie catholique tout entière a donc conduit les réformés à retirer de leur vocabulaire le mot "messe" qu'ils ont remplacé par "culte". Manière de dire que le seul but de la réunion dominicale était de rendre un culte à Dieu, par opposition au sacrifice de la messe. Précisons tout de même qu'entre le XVIe et le XVIIIe siècle on ne convevait pas en Europe d'autres religions que chrétiennes, on imaginait donc pas d'autres formes de culte. Mais, même si le culte est chrétien il n'est pas nécessairement protestant. Le concile de Trente (considéré comme la réaction catholique à la réforme protestante) l'a rappelé. Il a distingué trois sortes de cultes, le culte de latrie et pas de laiterie mdr rendu à la Trinité (latrie : culte en grec), le culte de dulie rendu aux saints (dulie : esclave ou serviteur en grec, les saints étant soumis à Dieu) et l’hyperdulie rendu à la Vierge Marie (hyper : supérieur en grec c’est donc un culte de dulie supérieur aux autres). La contre réforme a donc joué du vocabulaire en opposant aux protestants des formes de culte qu'ils rejettent (dulie et hyperdulie) mais, on peut aller beaucoup plus loin. En effet, le culte n’a rien de spécifiquement chrétien. Le sacrifice d’un poulet sous un totem, ou la vénération d'un ancêtre c'est un culte également.
L'antropologie nous apprend d'ailleurs que l'écrasente majorité des cultes connus sont ritualisés, souvent emprunt de sacré ou de tabous. La plus part ont une dimension de sacrifice, symbolique et ou réelle. Bref, toutes sortes de notions que rejètent les protestants. L'officile religieux réformé est sans nul doute un culte mais, il revêt une forme excetionnelle. En utilisant ce terme les protestants ont en quelque sorte renoncé à montrer leur singularité, on pourrait dire que c'est une forme de discrétion lexicale.
La messe pour les réformés?
Il faut ne jamais avoir entendu un catholique traditionnaliste parler avec passion des rites et objets sacrés de la "sainte messe" pour l'envisager sérieusement. Mais, passons sur ces quelques intégristes. Si l'on retient de la fameuse formule « Ite, missa est » que l'envoi en mission. Alors, c'est plausible. En effet, le Christ n'a-t-il pas lui même envoyé ces disciples en mission. L'évangile de Mathieu se termine d'ailleurs par cette exortation : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde" (Mt 28.19-20). Cette citation pourrait être prononcé à la fin du culte. Mais, là est toute l'anbiguité de « Ite, missa est ». Ca peut vouloir dire aussi, « Allez la messe est dite ». En effet, si l’Eucharistie est bien le point culminant du rite catholique, un protestant ne saurait considérer le culte dominical comme une fin en soit.
Pour finir disons que les mots ont une histoire, qu'avec le temps ils se sont chargés d'une dimention symbolique difficilement contournable. Si les protestants peuvent envisager d'utiliser d'autres termes que culte : "office", "service divin", etc. tout aussi vague d'ailleurs. Le mot "messe" est trop associé au rite catholique pour être utilisable réellement. Mais, d'un point de vu linguistique reconnaissons qu'il n'est pas faux et qu'il peut même se justifier.
A ce sujet on peut lire deux avis qui vont dans ce sens :
Le mot messe vu par Evangile et Liberté
Inversion de vocabulaire : Messe culte par Jean-Luc Dupaigne
La courone, deuxième partie, forcer le destin
Ariane est une jeune princesse crétoise qui, dans la première partie de mon récit, a craqué dès qu'elle a vu Thésée, si beau, si fort, descendre du bateau athénien. Cette histoire d'amour s'ouvre sous de bien mauvais augures, puisque l'ombre de la mort plane déjà sur Thésée qui doit être livré au Minotaure, monstre mi-homme mi-taurreau assoiffé de chair humaine. Mais, le destin n'est pas encore scéllé, reprenons notre réçit ou nous l'avons laissé.
Ariane veut un rendez-vous avec Thésée et, à force de ruses, et de mains graissées, elle parvient à obtenir son tête à tête avec le beau prince athénien. Elle en tremble d'émotion. Pas lui. Lui, il sait ce qu'il veut. Il veut délivrer sa patrie de ce monstre taurin. Il veut tuer le frère d'Ariane. Il est prêt à tout pour ça. Alors cette princesse crétoise qui lui arrive est une bénédiction des dieux. Il sait déjà ce qu'il va lui demander. Mais, quand il la voit, il est troublé. Quelle femme! Quelle beauté! Quelle force finalement pour venir à lui! Il y a peut-être de l'héroïne en elle aussi. Ça ferait un beau couple non? Deux héros, deux princes, l'une issue du vieux royaume déclinant, l'autre issu de la nouvelle puissance triomphante. Il sent lui aussi l'émission l'envahir. Il oublie le destin qui le hante, sa marche triomphale vers le trône. Il parle avec Ariane; de tout et de rien, ils parlent tout deux; longuement. Il lui conte ces aventures, ces combats, ces espoirs. Elle lui confie ces rêves, les charmes de son île, son admiration pour son père. Le temps passe, la nuit avance. Cela semble pouvoir durer des heures. Ils ont tant de choses à ce dire mais tout à coup, Thésée se souvient de sa mission :
"En vérité Ariane, je suis venu tuer le Minotaure, ce monstre anthropophage, explique-t-il. Aide-moi Ariane! Aide, moi!
- Je ne peux rien faire pour toi, le Minotaure est si fort, nul ne peut le tuer.
- Moi, je peux.
- De toutes façons, tu ne pourras pas ressortir du labyrinthe, si l'homme taureau ne te dévore pas, c'est le dédale qui te tuera. Tu succomberas à un mort cruelle épuisé, affamé, assoiffé. Je ne suis pas sûr que cela soit préférable à...
- Ariane, coupe Thésée, en la regardant droit dans les yeux, c'est là que tu dois m'aider, dit-moi comment je peux sortir du labyrinthe.
- Nul ne peux en sortir, répond Ariane ne baissant la tête tant les yeux de Thésée la trouble, tant sa mort prochaine lui est insupportable.
- Il doit bien exister un plan. Ton père ne l'a-t-il pas dans ces archives?
- Non il n'existe aucun écrit, tout à été brulé.
- Alors interroge l'architecte.
- Dédale?
- Oui, Dédale... au fait ça ne serait pas un athénien?
- Si
- Alors dit lui d'aider de prince héritier d'Athènes.
- Je peux essayer.
- Non, tu vas réussir! Ariane, tu seras mon héroïne. Celle que j'attends.
- Moi... dit Ariane incrédule
- Oui, toi. Et quand j'aurais tué le Minotaure, je me souviendrais de toi. Je t'emmenai à Athènes et l'on se mariera.
- Thésée, ne dit pas ces choses là à la légère!
- Non Ariane, je te jure! Je t'emmènerai avec moi et, l'on se mariera. Tu peux déjà préparer ta couronne de fiançailles.
- O Thésée... je suis si heureuse... Je veux t'épouser. Partons ensemble à Athènes. Je serais ta femme. Je te seconderais, je te soutiendrais, je serais une princesse digne de ton rang.
- O Ariane, je ne doute pas, tu es mon héroïne, ma princesse, tu seras ma femme, ma reine. Allez maintenant va. Trouve Dédale. Trouve la solution à notre amour.
- J'y cours.
- Attends"
Thésée la retiens du bras et, tout chamboulé par l'émotion, il l'embrasse.
Ariane a le cœur qui bat la chamade. Elle part. Au fond d'elle, elle se répète :
"C'est si beau! J'ai tant de chance! Quel homme! Dédale, il faut trouver Dédale!!! Dédale, ô Dédale j'ai besoin de toi brave et sage Dédale".
Tout emporté par le feu qui dévore son cœur, Ariane oublie qu'elle est en train de trahir son père et de faire assassiner son frère. A ce moment là, seul l'amour compte. La passion dévore tout. Tout.
Ariane va donc au palais, elle retrouve Décale. Elle lui demande, redemande, supplie même de lui livrer le secret de son labyrinthe mais, le vieil architecte ne cède pas. Il ne veut pas trahir le roi qu'il l'a recueilli quand il a fuit Athènes. Minos fut si bon. Il repense à cette terrible journée, sa jalousie, son jeune neveu Talos. Dédale se revoit ivre de colère pousser l'adolescent, il le revoit chuter. Il peut encore entendre son cri résonner dans sa tête : Nooooooooooooooooooon. Il ferme les yeux. Il se souvient de cette haine. Pourquoi l'avoir haït? L'élève dépassait le maître, et alors? Quelle folie! Il se souvient de l'ingéniosité de son neveu inventant le tour du potier. Il aurait pu apporter tellement de choses aux artisans athéniens. Il revoit ce corps jeune et frêle déchirer l'air, il revoit les rochers de l'Acropole. Il se souvient aussi de ce phénomène étrange, de cet oiseau, si gracieux, si léger que devient Talos. Car, le fils Perdrix fut sauvé in extrémis par Athéna, il prit son envol juste avant de s'écraser au sol. A défaut d'être le plus génial ingénieur de l'histoire grecque Talos est devenu le plus bel oiseau des moissons, la première perdrix. Il tremble encore quand il se remémore du regard menaçant d'Athéna.
"Décale? Ça va? Demande Ariane
- Oui pardon, répond Dédale surpris, excuse moi.
- Dédale tu ne peux pas laisser mourir ce jeune prince athénien"
Sauver un athénien, voilà la solution! Il va se racheter, il va prouver à Athéna qu'il a changé, il va forcer son destin pour ne plus être un exilé. Il va sauver le prince héritier. La ville lui pardonnera et, qui sait, peut-être que lui et son fils Icare pourront-ils retrouver Athènes. Il en rêve de cette ville, il voudrait y finir sa vie. Mais, il ne sait pas quoi faire. Son labyrinthe et si complexe que même lui s'y perdrait. Il ne trouve pas de solution, désolé il montre a Ariane une statue et lui dit :
" Regarde voici ma dernière statue, c'est Éros, un cadeau pour Phèdre elle en a si bien parlé lors du banquet.
- Ma soeur va adorer, elle a un faible pour ce dieu... Puis, subjuguée Ariane ajoute, Dédale ta sculpture est magnifique plus belle encore que les autres, il semble qu'elle va bouger.
- Certains vont jusqu'à dire que mes statues sont si réalistes qu'il faudrait les attacher pour qu'elles ne partent pas. Pourtant Ariane, je puis t'assurer que le marbre ne bouge pas. Mais vois-tu mon labyrinthe est à l'image de cette statue si bien réussi que nul, pas même moi, ne peut y trouver la sortie. En outre, il est si fragile d'y percer une seule porte de plus entraînerait la chute d'un pan de l'édifice et écraserait les occupants. Ma pauvre Ariane, j'y bien peur de ne pas connaître la solution à mon propre casse tête.
- Dédale, tu es l'homme le plus ingénieux que la Terre n'ait jamais porté, cherche, je suis sûr que tu trouveras."
L'homme le plus ingénieux fut mon neveux Talos pense alors Dédale. Il le revoit encore imaginer la scie juste en observant le squelette d'un poisson. Il savait observer la nature, lui... Dédale aperçoit une araignée descendre d'un fil. Araignée du soir, espoir pense-t-il. Mais... mais bien sûr, l'araignée!!! Dédale sourit, il a trouvé.
"Ariane lance-t-il tout emporté par la joie, j'ai la solution. Fait une bobine de fil, longue, très, très longue. Donne la à Thésée et qu'il attache le fil à l'entrée du labyrinthe puis, qu'il déroule au fur et à mesure de son avancé. Et, quand il aura affronté le monstre, qu'il reparte en arrière en suivant ce fil. Ainsi, il ne se perdra pas.
- O Dédale, quelle merveilleuse idée. Je savais que je pouvais compter sur toi!!! Merci Dédale."
Ariane l'embrasse sur le front et part en courant laissant le vieil architecte pantois mais amusé.
Le lendemain matin Ariane parvient à rencontrer quelques instants Thésée, juste assez pour lui donner sa bobine et lui, expliquer comment l'utiliser. Le reste de la journée ne fut qu'angoisse. Sitôt les athéniens parti saffronter leur destin, elle s'enferme dans sa chambre, essayant de conserver un peu de calme. Mais, elle ne parvient même pas à rester assise. Elle imagine la rencontre entre Thésée et le Minotaure : le prince a tué le monstre bien sûr, Thésée est le plus fort se pense-t-elle; puis l'instant d'après elle se convainc que le Minotaure est invincible et que Thésée est mort. Cela faisait bien deux heures qu'elle ne cessait de songer au pire et au meilleur, le meilleur et le pire. Quand, d'un coup n'y tenant plus, elle descend les escaliers et se précipite vers le capitaine de la garde. Naïvement, elle lui demande des nouvelles des athéniens. Rien ne paru plus absurde au soldat. Les athéniens? Bien entendu ils sont morts, dévorés par le Minotaure répondit-il du tac au tac. Le visage d'Ariane s'assombrit. Abattue, elle s'accuse de folie. Comment a-t-elle pu croire que... non décidément c'est insensé, le capitaine a raison. Mais, en fait, qu'en sait-il vraiment? Il y est allé LUI au labyrinthe? Il l'a vu LUI Thésée mort? Ariane remonte dans sa chambre plus partagée que jamais. A midi, elle refuse de manger. A seize heures elle repousse sa servante. A dix-sept heures elle capitule son dernier espoir. L'âme noire de chagrin, elle continue d'imaginer le mariage qu'ils auraient pu faire, la couronne royale qu'elle aurait porté, leur vie à Athènes si... si le destin n'avait pas été si cruel. A dix-huit heures, son frère Glaucos parvient à entrer dans la chambre et, à recevoir ces confidences. Mi-déçu par la trahison de sa soeur, mi-attristé la peine immense d'un amour brisé, il soutient Ariane comme il peut. Lui qui fut noyé dans une jarre de miel et ressuscité par une herbe magique apporté par un serpent rassure Ariane. Son frère, magicien raté, est adorable certes mais c'est surtout son singulier destin qui rassure la princesse. Cela lui semble être un signe. Rien n'arrive au hasard. Lui qui était mort, perdu à jamais, et là devant elle bien vivant. Il fallu certes beaucoup de magie, un serpent bien intentionné et une génisse qui change de couleur chose rare je vous le concède mais celle dont on parle se prenait pour une mûre murissant chaque jour et, se trouvant blanche le matin, elle devenait rouge l'après-midi avant de finir noire le soir mais Thésée n'a-t-il pas lui-même un destin exceptionnel. Elevé par un berger, il sut démontrer qu'il était le prince héritier d'Athènes, alors ces histoires de serpent, de jarre et de génisse tricolore, ça la rassure Ariane. Qui sait, encore une fois de la magie, les dieux le peuvent si... Rassurante cette histoire... mais pas tant que ça... Certes Glaucos est bien vivant mais, son géni a été stérilisé. A trop vouloir forcer le destin il se retourne contre vous... Minos a voulu profiter de son avantage et, forcer le sauveur de son fils, le magicien Polyidos, de transmettre son savoir. Menacé par un mort cruelle, emmuré dans un tombeau, l'homme céda mais, par ruse, il s'arrangea pour que son élève oubli le savoir extirpé. Délivrer un homme condamné à mourir emmuré, n'est-ce pas ce que veut faire Ariane avec sa bobine. Elle tente de forcer le destin en espérant ne pas aller trop loin pour que le sien n'en soit pas stérilisé... Elle en était à ces divagations quand un cri se fait entendre. Un grondement qui envahit le palais. La foule accourt de partout, on crie, on se réjouit, on crie, on s'alarme. Glaucos sort voir ce qu'il se passe. Il apprend alors la nouvelle, la grande, la bonne nouvelle, Thésée a tué le Minotaure, il est de retour avec les athéniens. Ce grondement c'est le peuple qui acclame le héro; se sont les cassandres qui prédisent la chute de la Crète tant le présage leur semble mauvais. Glaucos se rempli de joie. Il ouvre le porte de la chambre et crie :
"Ariane, Ariane il est vivant!!! Il a tué le Minotaure, il est ressorti du labyrinthe, il est là dehors, file le rejoindre!!! Ton fiancé, Ariane, ton fiancé, Thésée est en vie!!!"
Folle de joie, la jeune femme se précipite vers son homme. Quand il la voit, il l'appelle, il lui fait un signe. Elle s'approche mais, déjà les soldats grouillent. Cet idiot de capitaine de la garde même pas capable d'imaginer qu'on puisse tuer le Minotaure, la bouscule. La foule se tait. Un lourd silence envahit la rue. Tous tes yeux se tournent vers le palais où la silhouette royale se dessine, tous sauf la soldatesque qui continue son office et fond sur les athéniens. Ariane est pétrifiée, que va-t-il se passer? Minos s'avance sur la terrasse, elle retient son souffle, c'est son destin qui se joue. D'une voix solennelle le vieux roi proclame :
"Thésée, tu as tué mon fils, tu mérites la mort! Thésée, tu as délivré la Crète d'une malédiction, tu mérites un trésor! Je ne peux rien offrir à un assassin mais, je ne peux pas exécuter un libérateur. Tu as donc la vie sauve mais, je te donne jusqu'au levé du Soleil pour quitter la Crète. Vois le Soleil qui rougit l'horizon quand il fera noir ça sera le signe de ton départ si, à la blanche lumière du matin ton bateau est encore sur la quai, je donnerai le garde contre vous."
Le signe du destin pense Ariane. Il est sauf, il est revenu d'une mort certaine. La génisse annonçait la mort du monstre taurin mais, gare au serpent qui demain anéantira les athéniens. Il ne faut pas forcer le destin, pas trop. Elle est la génisse, il est le taureau, elle en est sûr. Elle ne défiera pas son père publiquement, elle rentre au palais. Elle va attendre son prince, il va venir. C'est écrit.
Il meure lentement
Merci à la Miss Cuba pour ce maginifique poème :
Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
ou qui ne parle jamais à un inconnu.
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans ses yeux
et réparent les coeurs blessés.
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.
Vis maintenant!
Risque toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux.
Pablo Neruda




